Une vidéo tourne sur les réseaux : il suffirait de tourner une petite pièce métallique sur le côté de chaque fenêtre pour garder la chaleur et alléger sa facture. Séduisant, mais la réalité est plus nuancée. Voici ce qui est vrai, ce qui l’est moins, et ce que vous pouvez tester chez vous en cinq minutes.
Mode hiver sur les fenêtres : la réponse courte
Non, il n’existe pas de « mode hiver » officiel sur une fenêtre PVC. Aucun fabricant ne prévoit de bascule saisonnière que le propriétaire devrait actionner chaque année. Ce que les vidéos montrent, c’est un réglage bien réel, mais beaucoup plus banal : celui de la pression de fermeture du battant contre le cadre.
Ce réglage existe pour compenser le vieillissement des joints ou un léger affaissement de l’ouvrant. Il n’a rien d’une astuce magique, et il n’a pas vocation à être modifié deux fois par an. Dans la plupart des logements, y toucher n’apporte rien, et peut même créer des soucis.
D’où vient l’idée d’un « mode hiver » ?
L’origine se trouve sur la tranche de l’ouvrant, du côté de la poignée. On y repère de petites pièces métalliques, les galets excentriques (parfois appelés cames de réglage). Elles viennent s’engager dans les gâches fixées sur le cadre quand vous tournez la poignée.
Ces galets ont une forme légèrement décentrée. Selon leur orientation, ils tirent plus ou moins le battant contre le dormant, et la compression des joints d’étanchéité varie en conséquence. Un repère gravé (un point, un trait ou une flèche) indique la position. Un réglage serré presse davantage les joints, un réglage plus lâche les laisse respirer.
De là est née la légende : serré en hiver pour bloquer le froid, desserré en été pour éviter que la fenêtre ne coince. Le mécanisme est réel, la consigne saisonnière beaucoup moins.
Régler soi-même ses fenêtres : pourquoi c’est souvent contre-productif

Serrer à l’excès un galet n’améliore pas forcément l’étanchéité à l’air. Les joints sont conçus pour travailler dans une plage de compression précise. Au-delà, ils s’écrasent, s’usent plus vite et finissent par perdre leur élasticité, ce qui crée justement les fuites que vous cherchiez à éviter.
La poignée devient aussi plus dure à manœuvrer, et la quincaillerie peut se fatiguer. Sur une fenêtre bien posée et récente, le réglage d’usine est généralement le bon.
Il y a un autre piège : une fenêtre trop hermétique dans un logement mal ventilé favorise la condensation. L’humidité de l’air intérieur ne trouve plus d’issue, se dépose sur les vitres et les murs froids, et les moisissures s’installent. Gagner quelques courants d’air en moins peut donc coûter cher en confort et en santé du logement.
Le test de la feuille de papier
Glissez une feuille entre le joint et le cadre, fenêtre fermée, puis tirez doucement. Si elle ressort sans aucune résistance à plusieurs endroits, la fermeture est trop lâche ou le joint est fatigué. Si elle reste bien coincée partout, inutile de toucher aux galets.
Ce qui réduit vraiment les pertes de chaleur
Les déperditions thermiques d’un logement passent d’abord par la toiture, les murs et le sol, avant même les ouvrants. Selon l’ADEME, améliorer l’isolation de l’enveloppe du bâtiment reste le levier le plus durable pour alléger ses factures de chauffage. Une fenêtre bien réglée ne compense pas des combles vides.
Côté menuiserie, ce qui compte est l’état des joints, la qualité du double vitrage et la pose. Un joint durci ou fissuré se remplace pour quelques euros et change souvent davantage la donne qu’un réglage de galet, à condition d’éviter le joint silicone sur fenêtre en bois. Des rideaux épais ou des volets fermés la nuit limitent aussi le froid ressenti près des vitres.
L’entretien du chauffage joue lui aussi : un radiateur purgé et une chaudière révisée consomment moins pour le même confort. Quant à la ventilation, elle doit rester en place.
VMC et entrées d’air : on n’y touche pas
Boucher les entrées d’air en haut du cadre ou couper la VMC pour garder la chaleur est une fausse bonne idée. Ces dispositifs renouvellent l’air et évacuent l’humidité. Sans eux, l’air s’alourdit, la condensation grimpe et la qualité de l’air intérieur se dégrade. Dans un logement bien isolé, ils sont plus indispensables encore.
Quand faire réellement intervenir un professionnel ?
Si la fenêtre ferme mal, frotte sur le cadre ou laisse passer de l’air malgré des joints en bon état, un menuisier saura diagnostiquer le problème. Il peut régler les galets avec la bonne méthode, mais aussi ajuster les charnières ou changer la quincaillerie.
Voici les signes qui justifient un appel :
- un courant d’air net, ressenti à la main, tout le long du battant fermé ;
- de la buée ou de l’eau entre les deux vitres du double vitrage ;
- une poignée qui force ou un ouvrant qui n’est plus d’équerre ;
- des traces de moisissures récurrentes autour du cadre.
Pour une fenêtre ancienne dont les performances sont dépassées, un professionnel pourra aussi comparer remplacement complet et simple remise en état. Le CSTB publie par ailleurs des références techniques sur la performance des menuiseries, utiles pour comprendre les devis.
Retenez l’essentiel : le fameux « mode hiver » n’est qu’un raccourci pour un réglage ordinaire, à utiliser avec prudence. Un test de papier, des joints en bon état et une ventilation préservée valent mieux qu’un tour de tournevis improvisé.






